| Le contraste entre le "désert agricole" de la plaine et l'urbanisation de ses coteaux sud est d'autant plus saisissant qu'une conurbation de 20 kilomètres le long de l'A43 semble en cours d'installation pour relier Grenay, à la limite ouest du département, au Parc d'activités de Chesnes, à la ville nouvelle de l'Isle-d'Abeau et à Bourgoin-Jallieu, une des trois sous-préfectures de l'Isère. |
| Le spectacle de cette urbanisation est celui d'une succession de fronts bâtis, de volumes, de couleurs et de styles qui forme un paysage dans lequel il n'est guère possible de reconnaître qu'
une seule présence cohérente, celle de la plaine des marais, avec ses cultures et de ses peupleraies,
préservées de tout empiètement grâce à leur inondabilité.
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| Bourgoin-Jallieu marque son originalité
. Elle présente en fond de vallée l'image d'un urbanisme homogène, qui rappelle l'esprit grenoblois. Mais les zones industrielles et artisanales ne lui sont pas reliées par des motifs de transition suffisants et l'urbanisation de villas individuelles et de petits immeubles qui remontent les collines nord vers Montbernier et Champagnieu contribue, avec les enfrichements, au
mitage et à la fermeture des coteaux.
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| L'urbanisation de coteaux
renvoie à un type d'occupation de l'espace diffus, sur des kilomètres, sans intégration à un centre urbain. En Isère, des exemples frappants en sont donnés par les coteaux qui encadrent les grandes plaines alluviales comme celles du Liers
ou de Bièvre
, et d'autres par ceux qui cernent des plaines ou des plateaux de moindre envergure, comme ceux de Chonas-l'Amballan
et de Louze
. Tout se passe comme si les installations et/ou les cultures de type industriel de la plaine repoussaient toute forme d'urbanisation sur les coteaux bordiers pour envahir tout l'espace disponible au détriment des autres fonctions du territoire. |
| Le phénomène est, avec l'urbanisation en linéaire et l'urbanisation diffuse, un de ceux qu'a produits la récente rurbanisation du territoire isérois. Il passe parfois pour le type même du mitage, probablement parce qu'il est plus voyant que dans une plaine ou sur un plateau. |
| Il y a là de multiples raisons, dont les premières sont d'ordre culturel. Traditionnellement on ne construisait pas sur les coteaux, sauf pour des raisons particulières, par exemple dans le cas d'une ville-pont circonscrite en ses remparts ou de certains châteaux-forts qui renforçaient le
rôle naturel de défense
des coteaux eux-mêmes. Les villages se regroupaient soit à la limite de la plaine inférieure du coteau soit sur le plateau supérieur. Le rôle protecteur des coteaux s'étendait d'ailleurs à la
protection contre les risques
qui pouvaient résulter de leur déboisement : glissements de terrain, coulées de boue, inondations, etc. auxquels les excès des remembrements des dernières décennies ont par ailleurs pu conduire. Ils étaient donc naturellement
laissés à la forêt
, qui était éventuellement pacagée. Enfin, ils étaient
parcourables
, sauf exception, qu'ils fassent ou non partie d'un manteau forestier d'un seul tenant avec les plateaux ou les étages supérieurs.
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| A ces raisons traditionnelles de non constructibilité des coteaux s'ajoutent aujourd'hui celles qui tiennent à
la privatisation excessive du territoire
. La fonction d'habiter y devient prédominante, et à terme exclusive des autres fonctions de tout territoire : celles de circuler et de se distraire, voire d'échanger. Les frustrations qui en résultent sont d'autant plus vives qu'elles affectent des milieux qui devraient rester naturels et accessibles à tous publics, ne serait-ce que visuellement, comme éléments d'un patrimoine commun. |
| L'urbanisation non maîtrisée des coteaux conduit à des espaces qui ne sont ni ville ni campagne. D'où l'urgence, dans de tels cas, d'une délimitation nette entre continuités naturelles (ND aux anciens POS),
continuités agricoles ouvertes
(NC aux anciens POS)
et sites constructibles
(NA ,NB et U aux anciens POS). Cette délimitation est en premier lieu celle de
la lisière forestière
, qui marque la limite voulue entre le naturel et le cultivé, au sens propre et au sens figuré. Elle est ensuite celle du regroupement du bâti dans
des sites circonscrits et décidés constructibles
et qui ne nuisent pas aux continuités paysagères, signes de la continuité du paysage dans le temps, et parmi lesquelles figurent les fronts bâtis hérités de l'histoire. Les Plans de paysage intercommunaux, au-delà de la prise en compte du paysage dans l'élaboration des plans d'urbanisme d'échelle simplement communale, s'imposent comme les instruments aptes à assurer de telles déterminations volontaristes. |