Isere.fr

Liens rapides...


Retour à la carte

27 Le seuil de Rives

 Géographie
Lors de la glaciation rissienne le glacier de l'Isère se divisait en deux lobes au débouché de la Cluse de Voreppe, l'un remontait le seuil de Rives et couvrait la plaine de Bièvre, l'autre descendait le cours actuel de l'Isère probablement jusqu'à St-Marcellin.
Lors de la glaciation suivante (Würm) le glacier s'arrête, vers le Sud, à l'étranglement Poliénas - St-Gervais et vers l'Ouest au point haut du seuil de Rives. Lors du recul le glacier y abandonne tout un complexe de moraines.
Aujourd'hui ce grand paysage peut être considéré comme l'extrémité Ouest de l'agglomération grenobloise, au contact de son aéroport.
 Paysage
Le seuil de Rives se présente comme une sorte d'isthme raccordant le piémont de la Chartreuse occidentale aux collines et au plateau des Chambarans , permettant le passage entre les plaines de la Bièvre et de l'Isère. Le site est même le passage par excellence entre l'avant-pays dauphinois et les montagnes alpines, juste avant la porte monumentale de la cluse de Voreppe . Toutes les infrastructures en provenance de la vallée du Rhône convergent vers ce seuil, à la seule exception de l'A49, qui longe l'Isère et rejoint directement la cluse. Il en résulte une tradition locale fortement marquée par le commerce et l'industrie.
Les établissements industriels traditionnels de la papeterie, du tissage et de la soierie ont investi les deux vallées de la Morge (marquée en 1897 par une inondation catastrophique) entre Voiron et Moirans, et de la Fure entre Rives et Fures. A ces activités anciennes s'est jointe la tradition liquoriste des caves de la Grande Chartreuse, du Génépi et de l'Antésite, et sont venues s'en ajouter d'autres, comme les équipements sportifs de Rossignol. Mais les friches industrielles se multiplient sur la Fure et l'artisanat se développe désormais autour de Rives . Quant à Voiron , elle se densifie et oriente sa zone industrielle vers le nord, le long de la RN75, entre le Bois de Bavonne et la Martillière, où se développe une pression foncière qu'il conviendrait de maîtriser.
Les coteaux de Coublevie, Saint-Jean-de-Moirans et Voiron, bien exposés au midi, procurent des vues magnifiques sur les Alpes . Cependant ces horizons sont lointains, réduits aux points d'appel de leurs sommets et de leurs chaînes, et pressentis plus que réellement contemplés... Quant à leurs premiers plans, entre les trois pôles urbains de Rives, Voiron et Moirans, ils sont recouverts d' une nappe de constructions dont les semis n'obéissent qu'au respect d'îlots de vergers et de boisements qui font figure de reliquats.
Cette urbanisation, qui s'étend à l'extrémité ouest de l'agglomération grenobloise, au contact de son aéroport, présente un des exemples de la suburbanisation qui a marqué la première phase du développement des grandes villes iséroises pendant les Trente Glorieuses, dans le prolongement de leurs anciennes banlieues. Ne retenant de ces banlieues que l'idée de jardin, sous la forme de jardins privés et d'espaces verts, elle s'inspira principalement du modèle de la garden city à l'anglo-saxonne. Il en résulta un "développement indéfini de nappes suburbaines composées de maisons unifamiliales entourées d'espaces verts" (Berque) . Dans ces nappes, l'habitat est composé de formes autonomes soi-disant placées au contact direct de la nature alors qu'elles ne font qu'entraîner l'artificialisation du milieu. Les cartes et la photographie en donnent les images peu flatteuses et leur traversée ne suscite pas l'attrait des rues et des places d'une vraie ville.
A la suite de la garden city , une deuxième phase de développement de la suburbanisation s'inspira du "mouvement moderne" en urbanisme et en architecture, tel qu'issu notamment de la Charte d'Athènes, rédigée par Le Corbusier il y a un demi-siècle. Il incarnait une idéologie fonctionnaliste et eut pour résultat de penser la ville en zones spécialisées reliées par des voies de circulation elles-mêmes spécialisées entre les "unités d'habitation", sur le modèle de celle qui fut construite à Marseille : "cet immeuble est isolé (fin de la continuité du bâti) ; il est sis à l'écart et de biais par rapport à la rue (fin de l'alignement des façades, fin de la rue) ; il multiplie arbitrairement des niveaux sans rapport avec la hauteur des bâtiments voisins (fin de l'harmonie des hauteurs, fin des toits de la ville, fin de la modulation concertée des façades de la rue suivant les niveaux) ; etc." (Berque).
A terme, les limites des modèles de la garden city et de l'urbanisme fonctionnaliste furent à l'origine d'une certaine désaffection pour la ville, et ce pour des raisons économiques, environnementales et culturelles. Le rallongement des temps de transport, le coût trop élevé de l'accession à la propriété, les niveaux de pollution, la banalisation des ambiances, les atteintes à l'environnement (busages de cours d'eau, remblaiements, talutages ou arasements de vallonnements, assèchements de milieux humides, déboisements de coteaux, etc...) figurent parmi les raisons et provoquèrent autour de 1975 un renversement du mouvement des campagnes vers les villes en un mouvement des villes vers les campagnes, à la recherche de nouvelles modalités d'intégration urbaine. Ce fut l'origine de la rurbanisation, qui porta les limites de la périurbanisation à des distances de 30 à 40 kilomètres au-delà des centres urbains, et dont celle du plateau de Dolomieu et de Pont-de-Beauvoisin montre un exemple dans le prolongement du seuil de Rives.

© Tous droits réservés par le Conseil général de l'Isère