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31 Le Vercors, versant occidental

Vercors-versant-occidental


 Géographie

La chaîne préalpine du Vercors prolonge ici celle de la Chartreuse.
Le versant occidental présente un relief vigoureux dans lequel les rivières, sans doute aidées par des circulations souterraines préexistantes, ont entaillé des gorges spectaculaires qui desservent des dépressions fermées (Malleval, vallée de Presles).
Ces reculées d'accès difficile ont une vocation agricole et forestière mais elles ont aussi servi de refuges dans les périodes difficiles, notamment lors de la Résistance.
Aujourd'hui leur relief et leurs torrents les ouvrent au tourisme sportif (voies d'escalade célèbres à Presles, canyoning dans la vallée de la Bourne).

 Paysage

Le paysage est très fortement marqué par la forêt domaniale des Coulmes comme la Chartreuse occidentale [lien vers Pay36] l'est par la sienne. Mais la comparaison ne vaut que pour leur localisation, à l'ouest de leur massif respectif. Il y a dans les Coulmes une rudesse plus sensible qu'en Chartreuse, du fait sans doute de l'immensité du plateau et de son ouverture à un climat lui aussi particulièrement rude, avec ses saisons contrastées et son abondance de neige en hiver.
La forêt des Coulmes a quelque chose de mythique. Entièrement faite de feuillus, surtout de hêtres, elle a longtemps été la seule source locale de revenus, approvisionnant toute la région en bois de tournage et de construction pour les chantiers navals, ou en charbon de bois pour la fonte des canons à Saint-Gervais. L'histoire de cette exploitation fut agitée, du fait d'un morcellement et d'une surexploitation à laquelle ne mirent fin, au siècle dernier, que le progrès et le service militaire (M.D. Glénat, cité par A.Sgard) qui vidèrent peu à peu les rares hameaux et rendirent possible, dans ce "pays propice à la forêt", une exploitation rationnelle partagée entre propriétaires privés, communes et Etat. Exploitation qui fut à l'origine de l'épopée de la construction des routes de pénétration du massif à travers les gorges encaissées de la Bourne et autres Nant.

Fameuses gorges de la Bourne, emblématiques gorges de la Bourne ! Les autres superlatifs ne manquent pas, et tous commémorent les exploits qui marquèrent, à la fin du siècle dernier, la saga des grandes routes de pénétration du Vercors.
Ces chefs d'oeuvre d'esthétique fonctionnelle sont inscrits dans la belle roche blanche et suscitent l'admiration pour la qualité de leur adaptation à un monde pourtant hostile. On comprend, devant ces encorbellements, ces tunnels, ces vires vertigineuses, que le génie civil ait pu trouver ici une illustration particulièrement remarquable. Tous ces ouvrages édifiés dans les règles de l'art figurent au rang de motifs de paysage exceptionnels , points forts et plus encore points focaux des paysages des gorges, au même titre que ceux des plaines ou des montagnes, mais combien plus rares, et, de ce fait, plus motivants. Plus que rares même, ils sont tous uniques. Et l'on comprend aisément que toute amélioration, tout "recalibrage", aura à éviter le risque de se faire au détriment d'une originalité qui compose avec le naturel et le sauvage en le respectant sans passer en force.

Cette route est aussi emblématique, aux yeux de l'amateur de paysages, de l'essor que connurent au siècle dernier les autres composantes de l'esthétique paysagère, grâce aux découvertes des paysages de tout le massif vercusien qu'elle permit. Sa construction, jointe à celle des routes des gorges du Nant, des gorgesdu Furon, des Grands Goulets et de Combe-Laval (Drôme) donnèrent le signal, non seulement du désenclavement économique du massif, mais aussi de l'essor du tourisme spécifique du Vercors, celui de la montagne alpestre. L'adjectif désigna dès le départ les paysages agro-pastoraux traditionnels qui restent aujourd'hui encore tellement prisés des visiteurs, mais aussi des entreprises qui les recherchent "jusqu'au simulacre" (Fischesser). Ces paysages ne sont pas ceux de la haute montagne, objet de sublimation et de conquête, mais ceux de la montagne pastorale, humanisée, contemplative, protectrice et régénératrice. Ils le sont restés, même si une dimension sportive très nette s'y est ajoutée et développée depuis un demi-siècle.

Les gorges du Nant, autre voie de pénétration du versant occidental, figurent parmi les sites géologiques majeurs du Vercors. Leur intérêt scientifique se double d'un intérêt plus symbolique dans la mesure où l'effondrement en forme de coeur qui a mis en évidence les abrupts calcaires semble avoir été provoqué pour mieux permettre l'accès autrefois impossible aux paysages de l'intérieur. La route est tantôt impressionnante et vertigineuse lorsqu'elle est taillée à même le roc, tantôt refermée sur elle-même lorsqu'elle progresse à flanc de coteau entre des boisements. Pour autant il serait intéressant d'ouvrir quelques fenêtres dans ces rideaux opaques afin de favoriser une lecture plus continue des grands motifs des crêtes aériennes et des fonds des gorges qui prennent les allures d'abîmes.

La route conduit à la reculée de Malleval qui, comme celles du Jura, est sculptée dans le rebord du plateau, affectant la forme d'un amphithéâtre boisé dont un simple coup d'oeil sur la carte révèle le caractère unique et spectaculaire. Mais plus que sa forme, c'est sa difficulté d'accès et son caractère retranché au sein de la forteresse elle-même, qui motive l'attention et l'intérêt. L'autre accès routier se fait par un seul des cinq cols, pas moins, qui l'entourent comme autant de portes, étroites elles aussi, mais aériennes : les Pas des Fècles, du Folet, de l'Ane, du Pré Coquet et du Pré Bourret : un record. A partir du Pas du Pré Coquet, de haut et de loin, l'image est celle d'une conque de prairies ouvertes dans la forêt autour du village aux toits bleus.
La valeur d'une telle image se mesure à sa destination de séjour protégé du stress de la plaine et propice au repos. Il importe qu'elle reste simple et claire et que les continuités ouvertes qui l'éclairent restent suffisantes et sauvegardées dans leur intégrité. Quelques enfrichements, enrésinements et constructions dispersées y portent atteinte, dont l'effet est sensible au sol plus que de haut car la combe est faite d'un très grand nombre de replats qui la fragmentent et en compliquent la lecture. Leur surcharge risquerait d'en faire basculer l'image dans celle de l'impasse. D'où les recommandations minimales formulées par l'étude de référence du CEMAGREF :
  • regrouper les constructions sur Malleval ou les placer dans la conque en fonction des usages,
  • recréer la lisière séparative de la forêt et des espaces ouverts de la clairière,
  • déboiser sélectivement les bosquets de trop grande taille ou le mitage des espaces ouverts par les enrésinements.
La difficulté liée à l'émiettement en mille et un petits lieux pour lesquels il n'existe pas de modèle unique appelle une gestion qui pourrait être centrée sur "la production de biens et services axés vers le tourisme et l'économie du calme " (Fischesser).

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