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32 Le Vercors, les vallées de Méaudre et Rencurel

Vercors-vallée-de-Meaudre

 Géographie

On est là dans le Vercors intérieur où les vastes synclinaux débarrassés de leur couverture tertiaire sont cernés par une corniche calcaire urgonienne.
Dans ce relief modéré subsistent quelques poches molassiques, des alluvions fluviatiles récentes tapissent le fond des cuvettes mal drainées.
L'économie repose sur l'exploitation de la forêt et l'élevage mais ces vallées sont également réputées pour leurs circuits de ski nordique (cf. la Foulée Blanche : rassemblement annuel des passionnés de ski de fond).
Petite station, Autrans compte de nombreuses résidences secondaires (1 022 résidences secondaires pour 632 résidences principales).
 Paysage

L'accès à ces vallées est assuré par la route des gorges de la Bourne, la RD531. Son long parcours est rythmé par les balmes. Ce sont les seuils élargis qui accompagnent la pénétration du massif et suggèrent le rocher escarpé, la grotte et l'abri. En venant de Pont-en-Royans, on compte Gamone, Choranche, Vezor, le cirque de Bournillon, la Balme de Rencurel, le Moulin, le Bas Méaudret, les Jarrands, Charpichon. Ces élargissements jouent un rôle non négligeable dans la découverte des paysages du massif, car ils s'ouvrent brusquement à la lumière après le clair-obscur des gorges et sont comme autant de flashs, de clichés, de cartes de visite des paysages nouveaux vers lesquels on progresse.

Vezor a su conserver l'aménité si souhaitable dans un tel contexte, celle d'un lieu habité et cultivé, annonçant les paysages de vallées de l'intérieur, composées sur le modèle vercusien des continuités agricoles ouvertes et de l'élevage au milieu de clairières toutes en longueur cadrées par les lisières forestières. Le lieu est de dimensions très réduites et risque de passer inaperçu alors qu'il est un exemple de la qualité exceptionnelle que pourraient avoir les autres seuils de la vallée. C'est un modèle de poly-agriculture-élevage discrète et soignée sous les arbres fruitiers , en somme un modèle de jardin, très apprécié "sur les marchés touristiques, publicitaires, du mécénat d'entreprise, de l'actionnariat et autres formes nouvelles qui devront apparaître"(Fischesser).

Les autres balmes sont encombrées et obscurcies par des enfrichements, comme sur Gamone, ou des enrésinements, comme sur Rencurel, ou encore des matériels banalisants comme les lignes électriques et téléphoniques et les talus routiers. Cette banalisation s'accompagne parfois de l'occultation de motifs qui pourraient autrement focaliser le regard.

Le brouillage de l'image paysagère qui résulte des enfrichements a été relevé depuis longtemps. Le Code rural postule dans ses articles 39 et 40 que les terres en friche ne doivent pas déparer le paysage montagnard. Il faut cependant admettre qu'il n'existe pas de solution-miracle pour lutter contre les friches. Leur effacement ne peut être que le résultat de volontés fortes que peuvent motiver des modèles de développement économiquement plus rémunérateurs. Il paraît certain, en tout état de cause, que la clé du succès reste dans le maintien d'une activité agricole par tous moyens nouveaux à disposition. Cette activité s'oriente vers de nouvelles productions, par exemple de denrées de haute qualité labellisées. Elle peut également être favorisée par le développement de formules d'entraide telles que les CUMA ou les GAEC, ou de formules contractuelles plaine-montagne Elle peut surtout trouver un véritable soutien financier dans les retombées d'un certain développement touristique. Il y aurait là un juste retour des choses dans la mesure où le modèle touristique postule une image paysagère conforme aux attentes des publics des plus variés.

Quant aux enrésinements, il convient de distinguer entre ceux qui résultent de la régénération naturelle et ceux qui résultent de plantations artificielles. Le premier type appelle éventuellement des mesures de reboisement dont la contextualisation paysagère ne signifie pas forcément des plantations en mélange mais des modèles à préciser au cas par cas. Il en va en principe de même pour l'enrésinement artificiel, sauf lorsqu'il prend la forme d'enrésinements systématiques en timbres-poste sans considération du contexte local.
La balme de Rencurel n'échappe ni aux enfrichements ni aux enrésinements. Le chemin de Saint-Julien-en-Vercors présente un cas de fermeture du paysage de part et d'autre d'une voie de communication dans un axe naturel structurant. Le cas est analogue, toutes choses égales par ailleurs, à celui de la fermeture des abords de routes de plaines et de vallées. Le dégagement des abords du chemin en continuités ouvertes mettrait en scène le motif du col et le ferait apparaître comme point d'appel à partir de la balme. Dans l'autre sens, en remontant la vallée de la Drévenne vers Rencurel, on retrouvera certes le modèle vercusien des prairies centrales cadrées par les lisières forestières et dominées par les points d'appel des Rochers de Gonson et de la Roche de Méaudre, mais on remarquera aussi l'inscription de résidences secondaires au milieu de certaines de ces prairies, contrairement à l'esprit des lieux.
Les Jarrands donnent un autre exemple de réhabilitation. Le site est stratégique, au confluent de la Bourne et du Méaudret, qui ouvre sur la vallée de Méaudre. Au blocage de la route par les constructions et aux remblais sur zone marécageuse s'ajoutent les enfrichements et les enrésinements qui banalisent et ferment le paysage. Méaudre elle-même, première station dans la vallée, n'échappe pas à une urbanisation linéaire, le long des RD106 et 106c, qui gêne les perceptions sur une vallée magnifique et très bien entretenue, dans laquelle les continuités ouvertes des prairies centrales et la netteté du dessin des lisières forestières assurent une ambiance générale intimiste qui rassure et apaise. Puis la vallée se prolonge jusqu'à Autrans, sur le même modèle.
Les styles architecturaux semblent s'être accumulés ici, selon les époques, mêlant le bâti traditionnel et ses fameux pignons lauzés aux chalets de bois, aux grandes barres des années 6o et aux bâtiments publics.
Ce sont les routes et les chemins d'altitude qui donneront le mieux la mesure des très beaux paysages vercusiens : les paysages aériens qui complètent si admirablement ceux des gorges d'accès et des vallées alpestres. On citera notamment les panoramas superbes qui s'ouvrent aux pieds du promeneur à partir de plusieurs sites : le Pas du Mortier, le Bec de l'Orient et le plateau de Sornin. Ils donnent à admirer, sur un horizon à 360°, outre le Vercors lui-même, la plaine de l'Isère, la Chartreuse, le Seuil de Rives, la plaine de Bièvre et au loin la chaîne de Belledonne et l'Oisans, où l'on peut voir un résumé de tous les paysages isérois, depuis la plaine jusqu'aux sommets les plus élevés.

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