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38 La Chartreuse orientale

Chartreuse orientale

 Géographie

La Chartreuse orientale est un magnifique exemple d'inversion du relief : les versants des larges synclinaux, cisaillés par l'érosion pluviale puis glaciaire, forment à l'Est une muraille qui domine de 1 800 m le fond de la vallée du Grésivaudan.
Plus ample que la Chartreuse occidentale la Chartreuse orientale accueille les principaux bourgs du massif dans ses larges vallées au paysage ouvert, de nombreux hameaux les dominent, à la lisière des boisements qui couvrent les hauteurs.
La Chartreuse, qui accroche les perturbations venant de l'Ouest, reçoit des précipitations abondantes. Une grande partie des eaux météorites et de fonte des neiges met à profit les multiples failles et diaclases de ce massif à la tectonique mouvementée, pour s'infiltrer. Les eaux souterraines dissolvent les calcaires et circulent dans un vaste réseau karstique.
De nombreuses résurgences de falaises, au contact des couches imperméable, alimentent cascades et torrents.
L'histoire des vallées centrales de la Chartreuse a été marquée par les fluctuations de la frontière entre la France et la Savoie, notamment dans la vallée des Entremonts.
L'économie traditionnelle repose sur l'exploitation des bois, qui reste aujourd'hui une ressource importante, et sur l'élevage (laitières) sur les alpages.
La Chartreuse, qui, à la différence du Vercors, ne compte aucun grand domaine de ski alpin, se prête bien au développement d'un tourisme axé, d'une part, sur la découverte des milieux et du patrimoine et, d'autre part, sur les sports de pleine nature VTT, ski nordique, spéléologie, parapente...
Cette dynamique est soutenue par le Parc naturel régional de la Chartreuse, créé en 1995.
 Paysage

LES VALLÉES CENTRALES
Des paysages typiquement préalpins : tels sont ceux que traversent les RD 512, 102 B et 912 , liaisons directes entre Grenoble et Chambéry en évitant le détour par les gorges des deux Guiers entre Saint-Pierre-de-Chartreuse et Entremonts.
Leur premier caractère est l'orientation générale des deux vallées , qui se prolongent l'une l'autre selon la direction nord-est - sud-ouest typique des deux massifs de la Chartreuse et du Vercors. Cette orientation est rendue sensible par les points forts qui jalonnent l'itinéraire sur une trentaine de kilomètres : les cols de Vence, de Palaquit, de Porte et de Cucheron en Isère, et du Granier, en Savoie, eux-mêmes jalonnés et accompagnés par les sommets et les crêtes emblématiques qui les relient : à l'est Chamechaude (2082m) le Roc d'Arguille (1768m), la Crête des Lances de Malissard (1981m) puis, en Savoie, le Granier (1933m) et à l'ouest la Pinéa (1771m), le Charmant Som (1867m), le Grand Som (2026m), la Roche Veyraud (1429m) et, en Savoie, la chaîne de l'Outheran (1676). Cette orientation dominante est encore soulignée par les lisières forestières, qui délimitent elles-mêmes les clairières prairiales et les villages.
Leurs caractères d'ambiance sont ensuite déterminés par le traitement et la localisation des motifs du bâti. L'architecture sur plan carré aux toitures homogènes à quatre pans est ici caractéristique d'ensembles eux-mêmes regroupés autour d'un noyau central. Saint-Pierre-de-Chartreuse est blotti au creux de la vallée. L'église et les bâtiments qui l'entourent y forment un front bâti impressionnant, surtout vu en contre-plongée à partir du torrent. Les quelque cinquante hameaux qui en dépendent se trouvent répartis à une distance régulière de 500 mètres environ dans l'espace ouvert environnant, portant souvent les noms des familles qui s'y installèrent les premières : les Revols, les Guillets, les Michalets, les Cottaves, etc...
Quant à Saint-Pierre-d'Entremonts , il présente une singularité dont seules les Alpes auraient le secret : deux communes jumelles ayant chacune son église, de part et d'autre du Guiers Vif, souvenir pour ainsi dire tangible des luttes historiques dont leur territoire fut l'enjeu entre les Maisons de Savoie et du Dauphiné. Mais les hameaux environnants, les Vincent, les Tardy, les Teppaz, les Rigauds et autres Perrets témoignent aussi, par l'ordre dans lequel ils s'inscrivent dans l'espace, de l'appartenance à une même culture montagnarde que celle de l'autre Saint-Pierre. Culture marquée par une économie centrée sur la cellule familiale gérant les terres alentour au prix d'un labeur quotidien et persévérant.
Dernier trait de typicité préalpine, celui de la transformation de cette économie en celle de l'accueil des publics les plus variés, attirés par des motifs d'intérêt qui furent autrefois des motifs de souci : le réseau des chemins et des sentiers, dont le GR 9 et les sentiers du Touring-club . Ces chemins et sentiers sont de grands motifs de paysage, et par leur dessin qui épouse les reliefs au plus juste et par les perspectives qu'ils donnent à admirer sur tous les paysages environnants.
LES VALLÉES DU GUIERS MORT ET DU GUIERS VIF
D'ouest en est et de gorges en confluences, les RD 520 b et 520 c permettent l'accès au centre du massif. Et si les chemins et les sentiers comptent parmi les grands motifs de ces vallées ce sont ici les routes et leurs ouvrages d'art qui le disputent en intérêt aux autres points forts du paysage.
Les deux vallées suivent la même direction que celle de la Vence, mais sont plus longues et ne comptent guère que deux villages d'importance, les deux Saint-Pierre. Pour le reste, ce sont les gorges qui leur permettent de franchir les grandes barrières synclinales, leurs abrupts calcaires, leurs forêts denses et les deux sites uniques du cirque de Saint-Même, sur le Guiers Vif, et le Vallon du silence au Désert de la Grande Chartreuse.
On se demande comment des gorges aussi étroites, encaissées et profondes ont pu laisser place à des routes. Souvent vertigineuses, elles seront emblématiques, comme celles des gorges vercusiennes, de l'ouverture qu'elles ménagèrent aux découvreurs de paysages de la fin du siècle dernier et de l'enthousiasme qu'elles suscitèrent chez eux. Il dure encore.
Le Pas du Frou sur le Guiers Vif : en patois le Pas "affreux" D'où son caractère emblématique du renversement spectaculaire de la perception des paysages de montagne, considérés pendant des siècles comme des "pays affreux", et aujourd'hui comme des paysages "géants", puisque le "sublime" n'a plus guère cours dans notre langage courant.
Le Pas du Frou sur le Guiers Vif , celui de l'Oeillette sur le Guiers Mort et tous les ouvrages d'art, tunnels, ponts et autres passages en encorbellement sont à l'origine de la motivation paysagère exceptionnelle : celle des chefs-d'oeuvre d'esthétique fonctionnelle qu'ils représentent. Elle tient à la capacité des aménagements et des ouvrages à franchir les obstacles, mais sans les détruire, en composant avec eux au point de faire motif avec eux et de les accompagner de la façon la plus naturelle.
Ainsi le tracé compose-t-il avec les motifs d'un relief que l'usager de la route découvre au fur et à mesure de sa progression. De même le profil en travers, qui se calcule au plus juste par rapport à la verticalité de l'abrupt et qui maintient la légère tension d'une progression attentive, même dans de bonnes conditions de circulation. De même les matériaux utilisés pour la construction, empruntés à la nature des lieux.

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