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39 Le balcon de Chartreuse

Balcon de Chartreuse

 Géographie

Mille mètres en contrebas de la puissante corniche urgonienne, rempart Est du massif de la Chartreuse, les balcons reposent sur une corniche tithonique qui domine la vallée du Grésivaudan d'environ 800 m.
Cette situation géologique extrême est soulignée par de fantastiques cascades et d'imposants cônes de déjection.
Terroirs d'élevage, ces encorbellements doivent leur renommée à leur situation " aérienne " qui, autrefois, a justifié la création de sanatoriums et qui, aujourd'hui vaut à ce site une renommée internationale en matière de parapente et de deltaplane.
 Paysage

LE PLATEAU SOMMITAL
C'est le domaine des alpages. Le motif est si caractéristique des Alpes qu'on aimerait y voir la contraction des deux mots : Alpes et paysages. Tout n'a-t-il pas été dit sur ces immensités ouvertes à la pureté de l'air et de la lumière? C'est le royaume de la nature : la nature, rien que la nature, toute la nature d'une de nos plus belles Réserves Naturelles . Il semble qu'il n'y ait place ici pour aucun motif de spatialité à la seule exception d'un habert comme celui de la Dame ou d'un chalet comme celui de l'Alpe, mais ni route, ni même de chemin sinon l'âpre sentier. Qu'en est-il alors de l'attrait de ces paysages?
Ce sont en premier lieu les points forts toujours présents des sommets et des crêtes déjà aperçues au cours de l'ascension à partir des vallées et des gorges profondes. C'est aussi le vert limpide et les surfaces soyeuses des prairies, ainsi que le couvert d'une forêt comme celle du Seuil. Ce sont encore les motifs de l'autre monde si caractéristique des massifs préalpins : le monde souterrain dont les grottes et les labyrinthes de la seule dent de Crolles développent 55 km pour 600 m de dénivelé négatif !
Mais on parlera aussi de motifs invisibles car s'ils sont cachés au regard ordinaire, ils sont remarquablement perceptibles pour ceux qui ont appris à les découvrir. Le silence quasi irréel qui règne partout est habité par les appels, les bruissements et les chuchotements de tout ce qui marche, court et vole, présences légères dont la marmotte, le chamois et l'aigle royal sont les plus emblématiques , mais dont le papillon, devenu si rare en plaine, et le moindre insecte attestent de la pureté des lieux.

On parlera enfin de motifs impalpables , alors qu'ils sont élémentaires : ceux de la lumière , vive et douce à la fois, et ceux de l'air tel qu'en lui-même l'altitude le purifie, l'allège et lui confie tous les parfums et toutes les saveurs des lieux. Cet air et cette lumière forment un milieu spécifique qui imprègne tous les sens, les enveloppe, les saisit et les ravit. Ravissant : le mot est à prendre au sens propre, car l'expérience paysagère première est ici celle de la légèreté et de l'envol , qui ont trouvé leur expression la plus achevée sur le plateau des Petites Roches.
LE BALCON ORIENTAL

Un immense balcon sur la vallée du Grésivaudan et la chaîne de Belledonne : ainsi se présente le plateau des Petites Roches. A la différence du plateau sommital du massif, la route a pu y grimper, vraie route de montagne avec ses parapets, ses tunnels, ses barres à franchir et ses chutes de pierres. Malgré ces difficultés et ces dangers, elle y a attiré et y attire encore beaucoup de monde. La pression foncière y est forte. Trois communes, Saint-Pancrasse, Saint-Hilaire-du-Touvet et Saint-Bernard y ont dressé leurs clochers et s'y sont ouvert prairies et cultures.

Mais la motivation paysagère y est surtout centrée, comme sur le plateau sommital, sur les qualités de l'air et de la lumière. Motivations physiologiques avec le sanatorium et ses centres de rééducation fonctionnelle, et motivations esthétiques de l'aérologie dont le caractère exceptionnel du site a fait de Saint-Hilaire-du-Touvet un centre de réputation mondiale. Toutes les sensations de légèreté et d'élévation éprouvées sur les hauts plateaux préalpins se trouvent ici redoublées par la situation en balcon et la beauté des horizons, comme si ils attiraient irrésistiblement à l'envol. On pense à Baudelaire :

ÉLÉVATION
Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par-delà le soleil, par-delà les éthers,
Par-delà les confins des sphères étoilées,
Mon esprit tu te meus avec agilité,
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde,
Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde
Avec une indicible et mâle volupté.
Baudelaire, Les fleurs du mal, III
Il y a dans ce vol le rêve par excellence, celui d'Icare. Mais là où le Romantique planait en rêvant, l'homme d'aujourd'hui réalise le rêve et plane en vérité. C'est un événement considérable. Deltaplanes et parapentes trouvent ici les sites d'exception qui permettent de conduire à son point d'aboutissement l'esthétique la plus moderne , celle qui, depuis la peinture jusqu'aux sports de l'extrême, a placé la projection des forces de l'inconscient avant l'expression de ses formes. Il y a ici plus que la motivation esthétique qui nous fait nous projeter dans les grandes figures de la montagne. Il y a celle qui nous fait nous confronter physiquement à elles, dans les airs comme dans l'eau du torrent ou dans les profondeurs des labyrinthes souterrains qui attirent eux aussi les autres amateurs de l'extrême.
Après Saint-Bernard, la RD 30 franchit le col de Marcieux (1065) et s'enfonce dans les forêts de Bresson et du Boutat. Elles occupent une superficie beaucoup plus importante que précédemment et ne laisseront place qu'à quelques clairières, à vrai dire typiques et exemplaires, la Belle Chambre, Sainte-Marie-du-Mont, Saint-Georges, Saint-Marcel, puis Bellecombe et Bellecombette, où commencent les coteaux recouverts des vignobles de la Roussette de Savoie et du Vin de Savoie-Abymes.
Morphologiquement parlant, les clairières traversées par la route sont, elles aussi, en situation de balcon, mais l'impression en est atténuée par l'environnement forestier, fait d'un mélange de feuillus et de résineux qui leur impose ses ambiances jusqu'à Bellecombe et Bellecombette. Les échappées visuelles sur Belledonne y sont beaucoup plus discètes. Leur charme propre vient de leur isolement et de leur éloignement relatifs, qui leur ont permis de conserver leur composition originelle équilibrée entre bâti, prairies et lisières forestières.
Seules Bellecombe et Bellecombette sont véritablement en position dominante, installées en ligne de crête et faisant d'ailleurs belvédère plutôt que balcon. Leur grand attrait paysager est double. D'une part et surtout elles ont su conserver leurs silhouettes, regroupées autour de leurs églises, ce qui en fait des points focaux très attirants à protéger absolument. D'autre part elles offrent des vues exceptionnelles sur les paysages environnants, que ce soit l'Isère et Montmélian, avec le Mont-Blanc pour horizon lointain, ou Belledonne, tout aussi grandiose.

Le site de Chapareillan , village frontière entre Isère et Savoie, est quant à lui dominé par la silhouette emblématique du Granier (1933) tragiquement célèbre pour son effondrement en 1248.

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