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40 LA VILLE DE GRENOBLE

Grenoble

 Géographie

La cuvette de Grenoble occupe un carrefour de vallées en Y. Si leurs orientations sont probablement d'origine tectonique, leurs formes de larges vallées encadrées par de puissants massifs à ossature urgonienne, est due au travail des glaciers.

Les glaciers de l'Isère et du Drac, freinés par l'étroitesse de leur exutoire, la cluse de Voreppe, ont accumulé des épaisseurs considérables de glace (leur altitude a dépassé les 1 000 m) et ont surcreusé leurs vallées en proportion. Les alluvions qui les comblent aujourd'hui dépassent 600 m d'épaisseur (leur base atteint un niveau inférieur au niveau de la mer), elles sont en partie lacustres, un lac ayant occupé la cuvette de Grenoble lors de l'interglaciaire Riss-Würm.

Photo Ville de grenoble
Le Drac, qui forme la branche inférieure du Y, est un torrent rapide et puissant, charriant des alluvions grossières. Il a maintenu l'Isère, plus calme, au nord, au pied du rocher de la Bastille. Cette stabilité a permis l'établissement d'un pont et d'une ville dès la période romaine.

Le site, ouvert vers la Savoie par le Grésivaudan, vers la vallée du Rhône par la cluse de Voreppe et vers le sud par la vallée du Drac, est riche de potentialités économiques... mais ne manque pas de contraintes : ville-pont menacée par les inondations et ville-frontière menacée par les invasions.

La ville, née sur une langue d'alluvions surélevée, se développa lentement autour de son noyau, corsetée dans des remparts protecteurs.

Photo ville de Grenoble
Au XVIIe une chaussée exhaussée, formant digue contre les débordements du Drac, a été créée de la Bastille au Pont-de-Claix (aujourd'hui cours Jean Jaurès et cours de la Libération). Cette voie de 8 km, bordée de platanes, dominait la plaine, assainie simultanément par la canalisation de la rivière.

Mais il fallut attendre le XIXe pour que la ville sorte de son enceinte et qu'un quartier industriel se développe : le quartier Berriat, entre le Drac et la gare, vit s'implanter minoteries, brasseries, tanneries et mégisseries (Grenoble est réputée pour sa ganterie), puis, au XXe siècle, usines de construction mécanique et électrique, industries alimentaires...
Durant la première guerre mondiale, la commune de Pont-de-Claix, au sud de l'agglomération, accueille une usine de chargement d'obus : ce sera le point de départ d'une industrie chimique, aujourd'hui tournée vers la production du chlore et de ses dérivés.

Dans la deuxième moitié du XXe l'agglomération explose : quartiers neufs d'Échirolles au sud, de Meylan au nord-est, domaine universitaire de Saint-Martin-d'Hères, centre scientifique de la presqu'île, multiplication et densification des quartiers résidentiels sur toutes les communes voisines...
Grenoble, ville universitaire, a su allier dynamisme économique et recherche scientifique dans un environnement montagnard. La ville jouit d'une image très positive valorisée au plan international dès 1925 avec l'Exposition de la houille blanche et du tourisme et en 1968 avec l'organisation des Jeux olympiques d'hiver qui ont largement contribué à l'aménagement et à l'équipement de l'agglomération et des stations.


 Paysage

La capitale des Alpes occidentales : " une cité ancienne qui est une ville jeune ". On pourrait croire que cette formule de Paul Dreyfus suggère une différence qualitative entre le paysage de la vieille cité et ceux des communes voisines dont le tissu est désormais soudé au sien. La réalité est plus complexe, même si ce tissu forme plus une agglomération indifférenciée qu'une vraie ville. L'ancienneté et la nouveauté sont partout intimement liées dans le paysage urbain grenoblois, sans échapper aux contradictions.

Les horizons naturels de Grenoble sont de ceux dont peu d'autres villes peuvent se prévaloir, Innsbruck peut-être en Autriche. Les massifs préalpins et alpins de Chartreuse, du Vercors et de Belledonne , joliment appelés " joyaux de la couronne " par Robert Bornecque, sont visibles de partout et entourent la ville d'un écrin monumental inoubliable pour qui ne l'a vu même qu'une fois.

Et si l'Isère n'y est pas perceptible avec la même évidence, elle n'en est pas moins présente et commande les grands motifs de son schéma de composition originel: le pont et le cours attribué par la légende à Lesdiguières, perpendiculairement aux quais , à leurs fronts bâtis et leurs portes , et, dans les cantons ainsi dessinés, l'ordonnancement des îlots habités, des rues et des places publiques qui font une ville.

Les horizons symboliques liés à la longue histoire de la ville sont intimement liés à ces horizons naturels si originaux. Sur les versants de la Chartreuse, la Bastille et ses fortifications parlent haut du passé militaire de la ville-frontière entre Italie, Europe centrale et France. Dans l'espace ainsi sécurisé, l'ancien couvent de la Visitation, aujourd'hui Musée dauphinois, témoigne du souci de rejoindre l'âme de la ville et de sa région par la lecture de son histoire politique, économique et artistique, face à l'un de ses plus beaux paysages. Les grands travaux d'aménagement du Drac et l'ancienpont à une arche qui le franchit encore évoquent tout autant que l'ancien Hôtel de Ville les premiers grands développements de l'urbanisme grenoblois au XVII° sous l'impulsion de Lesdiguières.

Et dans les quartiers anciens , nombre de détails pittoresques et intéressants sont révélateurs d'une cité dont les ambiances témoignent d'une population active et surtout curieuse, réfléchie, entreprenante, ce qui explique largement la grande réussite qui fut la sienne au cours du dernier siècle, " une réussite humaine plus qu'une résultante aisée du jeu des forces naturelles" (Raoul Blanchard)

Selon Paul Dreyfus, le prodigieux développement de la ville et de son agglomération serait dû à trois facteurs principaux : la production industrielle, l'enseignement et le tourisme . Il est clair que ce sont là les grands horizons symboliques de Grenoble et ils illustrent tous les trois l'esprit de découverte, d'entreprise et d'innovation caractéristique du tempérament dauphinois. A voir la façon dont le tissu urbain, sous la pression de la ville, a envahi le Grésivaudan et la cluse de Voreppe , sur des kilomètres, on pourrait même parler " d'activité débordante, dévorante " .

L'envers de la médaille est que ce développement n'a pas été accompagné dès ses débuts de plans d'urbanisme ouvrant sur un paysage urbain plus concerté. Grenoble même a manqué de tels plans de 1923 à 1963, date du plan Bernard. Depuis, et notamment avec les Jeux Olympiques de 1968, se sont succédé plans d'urbanisme et schémas directeurs qui ont pris acte de l'équilibre indispensable à assurer entre le développement modéré de la ville-centre et l'urbanisation des communes voisines de la cluse de Voreppe , des coteaux du Mont Saint-Eynard et de la plaine de Varces mais aussi de l'ensemble des vallées confluentes du Grésivaudan, du Drac et de l'Isère.

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