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54 La vallée de la Romanche


 Géographie

La vallée de la Romanche, profondément creusée par les glaciers entre Belledonne et Grandes Rousses au nord, Taillefer et Oisans au sud, présente un profil en auge caractéristique. Axe de liaison vers Briançon par le col du Lautaret, la vallée est surtout un axe de pénétration dans le massif de l'Oisans.
Si la fréquentation du coeur du massif est toujours restée faible, les moyennes et basses vallées ont, elles, toujours représenté des enjeux économiques : agricole, dans la plaine de Bourg d'Oisans, industriel dans la basse vallée, touristique autour des stations de l'Alpe d'Huez et des Deux Alpes.
C'est l'histoire de ces enjeux qui fait l'identité de la vallée de la Romanche.
La plaine de Bourg d'Oisans a pour origine un surcreusement glaciaire comblé d'alluvions, mais le verrou glaciaire était doublé d'un autre verrou formé par deux cônes de déjection torrentiels se faisant face au droit de l'actuel Pont de la Véna. En amont, la Romanche formait un lac (lac St Laurent) qui se vidangeait périodiquement. En 1091 un glissement de terrain bloque les eaux.
Au XIIe siècle le lac s'étendait jusqu'à Bourg d'Oisans. Sa vidange, par rupture soudaine du barrage, en 1219, provoqua une inondation catastrophique jusqu'aux environs de Grenoble (connue sous le nom de " déluge de Grenoble "). Pendant les siècles suivants la Romanche divague dans la plaine qu'elle inonde régulièrement. Au XVIIIe la rivière est endiguée et la plaine drainée selon la maille orthogonale qui fait l'originalité du bocage actuel.
Le remplissage alluvial de l'actuelle plaine de Bourg d'Oisans, en fait une enclave agricole fertile dans un environnement hostile où les terres agricoles se résument le plus souvent à quelques pâturages d'altitude.
La Romanche " d'en bas " est la vallée de l'énergie et de l'industrie : forges, fourneaux, martinets, papeteries, centrales hydrauliques, usines électrométallurgiques et électrochimiques. Elle porte les vestiges de sa grande ère industrielle, fin XIXe, début XXe.
Aujourd'hui l'industrie est déclinante mais la production d'énergie a connu un renouveau avec la construction de barrages et de centrales hydroélectriques sur la Romanche et l'Eau d'Olle.
La troisième étape est celle du tourisme avec le développement des stations des Grandes Rousses (l'Alpe d'Huez) et de l'Oisans (les Deux Alpes).
 Paysage

Difficile d'imaginer contrastes plus frappants que ceux des basse, moyenne et haute vallées de la Romanche.
Entre Séchilienne et Livet, plus que l'austérité, c'est la sévérité d'un long et étroit corridor dans lequel il semble que le soleil ne peut parvenir à adoucir de lumière et de chaleur les longs volumes gris des usines qui ont pourtant fait la prospérité de la vallée. Les prairies qui séparaient encore il y a peu Séchilienne de Gavet, au fond de la vallée, vont s'enfrichant et se refermant ; les flancs de la montagne sont couverts de sombres forêts inexploitées ; et les établissements industriels semblent figés dans un immobilisme d'autant plus impressionnant qu'ils suggèrent par leur taille l'importance des populations qui y travaillèrent aux exténuants travaux des forges. Jusque dans les années 1970, c'était, dit-on, un univers dantesque. Celui qui lui a succédé est sombre et froid, comme dans l'attente de la lumière.
Et voici que, passés Livet et le couloir de la Vaudaine, " la vallée damnée ", le paysage de la moyenne vallée s'ouvre sur des horizons de lumière que l'on n'attendait plus guère : les sommets enneigés des Grandes Rousses . Le saisissement est redoublé par les dimensions de la vallée, dont les versants s'éloignent l'un de l'autre jusqu'à plus d'un kilomètre pour faire la place à des étendues immensément plates sur une quinzaine de kilomètres. Le changement de décor est total. C'est désormais, sur plus de 2000 hectares, un bocage tellement original que le géographe Raoul Blanchard l'a baptisé le "polder de l'Oisans ". A le contempler en effet, à partir des quelques points de vue élevés ménagés par la montagne, on est frappé par sa structure si originale aux pieds de montagnes si élevées, sur le plan parfaitement orthogonal des canaux qui l'assainissent. L'image est forte et unique.
Le Bourg-d'Oisans , dans la vallée, est à la confluence des RD 211 et 530 , la première donnant accès à l'Alpe d'Huez, paradis des skieurs et randonneurs, la seconde à la vallée du Vénéon jusqu'à la Bérarde, mecque des alpinistes au coeur des Écrins. La RN 91 elle-même s'apprête à pénétrer dans la haute vallée de la Romanche par les gorges de l'Infernet, et parvient bientôt au Freney-d'Oisans , puis à la retenue du Chambon à la limite du département.
Comme dans toutes les vallées alpines, ces routes sont des motifs de premier plan dans la mise en scène des paysages qu'elles traversent. Motifs de premier plan parce que ce sont elles qui ménagent la lisibilité et l'accessibilité des paysages qui resteraient confidentiels alors qu'ils méritent d'être découverts et appréciés par le plus grand nombre ; motifs de premier plan aussi parce que ces routes sont sans cesse sous les yeux de leurs usagers qui en surveillent l'état, les abords, la sécurité, l'originalité, premières de leurs qualités.
Elles peuvent donc puissamment contribuer au plaisir de ceux qui les empruntent vers des horizons nouveaux, inconnus, mystérieux parfois, spectaculaires toujours. Cette contribution sera fonction des soins particuliers apportés dans les deux domaines complémentaires du traitement de la route elle-même et du traitement des paysages environnants, en fonction de la morphologie particulière de la vallée.
Dans les séquences étroites et encaissées des basses et hautes vallées, le traitement de la route veillera surtout à l'équilibre nécessaire entre sa géométrie et les motifs qu'elle est amenée à longer, à contourner, à traverser : le torrent, les berges rocheuses, telle falaise, telle traversée forestière, telle ouverture subite, si brève soit-elle, etc...
Le souci sera de toujours laisser ces motifs intouchés afin que soit conservée, à travers eux, l'originalité de la séquence. Quant au traitement du paysage, on veillera surtout à la lisibilité des éventuels points forts, points d'appel des sommets alentour ou point focaux des villages et hameaux riverains.
Dans la moyenne vallée, on prendra surtout en compte les abords de la route et les paysages environnants, en y ménageant les continuités ouvertes nécessaires à la lisibilité des motifs du bocage et des versants, motifs permettant d'apprécier les paysages " emblématiques, mémorisables et commercialisables È du pays et d'imaginer l'accessibilité aux grands espaces naturels des arrières-plans de la haute montagne partout où cela est possible (Laverne).

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