| On pourrait l'appeler la vallée des cirques et des combes. |
Prélenfrey,
premier site en partant de Grenoble, est magnifique, au pied des Deux Soeurs et des rochers du Gerbier.
Château-Bernard
est saisissant, au pied de ses falaises rocheuses d'une parfaite continuité.
Gresse
est imposant avec son horizon des Petites Dolomites qui culminent au Grand Veymont.
La Bâtie
est extraordinaire au pied du Mont Aiguille.
Chichilianne
est émouvant par son isolement et l'omniprésence du même Mont Aiguille... Les adjectifs manquent pour qualifier ces paysages qui comptent parmi les plus beaux de l'Isère. Toujours encadrés par des motifs grandioses, voire emblématiques et attendus depuis Grenoble d'où ils sont visibles par beau temps, ils restent accueillants parce qu'ils ont été composés et entretenus par une activité multiséculaire qui a pris la mesure de la puissance de la montagne et y a installé ses propres motifs.
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| Les villages sont installés au coeur du cirque ou de la combe et forment le centre d'un bocage qui rayonne vers les lisières forestières de la forêt.
C'est le bocage de montagne
, dont les haies accompagnent les chemins, sauf sur Château-Bernard, marqué par la déprise agricole au bénéfice du tourisme de randonnée, et dont le bâti très diffus disparaît sous la végétation. |
Les chemins et les sentiers appartiennent, avec les cours d'eau, aux
motifs les plus dynamiques de nos paysages
. Ce sont eux qui
ouvrent perspectives et horizons
à ceux qui les empruntent. Sans les chemins, ces perspectives et ces horizons resteraient lointains, inaccessibles et donc plus frustrants que motivants. Tel est
le réseau tertiaire,
distingué
du
réseau primaire
des grandes infrastructures et du réseau secondaire qui le relie aux hameaux et villages sur versants ou balcons. Utilisé surtout l'été, il relie l'alpage, clef de voûte du système agricole de montagne, au village. Il est rythmé par
des clairières reposantes
et gravit
des vallons suspendus qui conduisent aux cols,
et dont l'ouverture constitue un des points d'appel forts du paysage montagnard. Il mérite que l'on s'attarde sur sa valeur. |
| Elle se retrouvera, toutes choses égales d'ailleurs, dans le réseau secondaire, car elle exprime celle de tous les chemins que nous aimons fréquenter, non seulement pour leur utilité mais pour leur
confort,
caractère déterminant pour le plaisir du visiteur, du randonneur, du flâneur
:
"L'appréhension dynamique du paysage montagnard, en suivant chemins et routes traditionnels, en offre une lecture agréable et facile. En effet, elle se fait lentement au rythme d'un homme à pied et permet donc de bien sentir les séquences visuelles successives, images du travail des hommes et de l'oeuvre des troupeaux, et de découvrir continuellement un paysage nouveau. Les qualités visuelles et plastiques du chemin sont aussi prépondérantes : les "drailles" pavées et bordées de pierres verticales, les lacets interminables de la montée de l'alpage, poussent l'observateur à se sentir partie intégrante du paysage qu'il s'approprie : il est paysan, sur sonchemin. Cette appropriation n'existerait pas lors d'une approche du paysage par une route touristique moderne, de qualité visuelle moindre, ne respectant pas toujours la logique d'un tracé traditionnel et substituant à un système de découvertes successives des effets de chocs sans aucune transition".(CEMAGREF) |
| Sur
Prélenfrey
le changement de décor se traduit par la
remontée de la forêt
très haut vers les rochers. Elle se partage entre les feuillus et les conifères qui se rassemblent en langues descendantes vers le col de l'Arzelier, complètement boisé. Les bâtiments de la station sont à peine perceptibles. Sur
la Bâtie
, la surprise vient du "jardin" qui entoure le bâti, accentuant l'effet de composition de l'ensemble au coeur d'une nature grandiose.
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| Gresse-en-Vercors occupe le centre du site ouvert le plus étendu de la vallée
. Il était encore plus ouvert au siècle dernier, par suite des importants défrichements permettant l'installation des champs et des prés de fauche précédant les alpages, eux-mêmes exploités par un important cheptel. Le paysage était alors revêtu de l'habit coloré des parcelles de seigle, de blé et d'avoine, résultat du labeur persévérant d'une population qui jardinait son territoire à la main malgré les aléas des avalanches et des glissements de terrains dus aux déboisements excessifs sur sols trop pentus. C'est autour de 1850 que
"l'administration forestière engage une vaste politique de reboisements pour stabiliser les sols ainsi mis à nus et lutter contre leur érosion accélérée" et "c'est à partir de cette époque que la forêt entreprend de reconquérir le paysage et de le refermer" (Fischesser)
Cette reconquête est préoccupante, ici comme dans l'ensemble des vallées concernées par la déprise.
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| Cette forêt est un objet d'attraction majeur.
C'est donc à la mesure même de cet attrait qu'il s'agit d'en maîtriser avec rigueur l'étendue, d'y favoriser la fûtaie jardinée et d'en animer les lisières en lieux accueillants, par exemple en salons végétaux animés de feuillus. Elle est visitée et parcourue en été par les randonneurs et les cavaliers et en hiver par les skieurs de fond, sur des pistes qui empruntent souvent la voirie forestière. A ce titre, elle mérite d'apparaître comme un grand parc et non comme un milieu incertain, voire hostile. |
Il importe en outre que les continuités ouvertes qui s'y inscrivent soient d'une surface suffisante pour en équilibrer le poids, lui-même redoublé par l'horizon formidable de la grande falaise calcaire et du Grand Veymont. L'entretien de ces continuités ouvertes constitue en conséquence un objectif prioritaire et supposera
le débroussaillement éventuel
des surfaces en voie de colonisation,
leur maintenance en herbe
et
l'inconstructibilité
de celles qui font transition entre la forêt et les abords des villages.
Le site de piémont limité par Gresse, la Ville, les Alleyrons, le Brisou, le col d'Allimas et Uclaire est particulièrement représentatif de cette problématique du fait même de l'installation de la station, il y a une trentaine d'années. Plus que la silhouette de la station, c'est la dispersion des constructions qui est ressentie comme une atteinte aux prairies ouvertes qu'elles ont envahies. La qualité du paysage passe par la maîtrise de telles constructions, au service d'une image qui se veut accueillante à un tourisme multisaisonnier et multisports.
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