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59 La Matheysine
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Géographie |
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| La Matheysine est un fossé d'effondrement (demigraben) par rapport au dôme tectonique de la Mure, qui la domine à l'ouest. Premier palier des séries sédimentaires repoussées vers l'est par la surrection des Alpes, le plateau matheysin a été couvert par de puissants glaciers qui ont façonné la série des lacs de surcreusement (lac de Pierre Châtel, lac de Pétichet, lac de Laffrey, lac Mort) et ont abandonné de nombreux dépôts morainiques. |
| Au cours de la dernière glaciation une langue diffluente du glacier de la Romanche s'avançait vers le sud jusqu'aux environs de Pierre Châtel tandis que le glacier du Valbonnais remontait jusqu'à la Mure, un lac s'est formé entre ces deux barrages morainiques, aujourd'hui colmaté il forme le marais de la Mure. |
Mais c'est surtout son socle primaire schisteux et houiller qui caractérise la Matheysine où d'importants gisements d'anthracite d'excellente qualité ont été exploités. L'exploitation industrielle du bassin houiller a été entreprise en 1805, à la suite d'une exploitation artisanale beaucoup plus ancienne. Aujourd'hui la Matheysine se tourne vers le tourisme pour compenser le déclin de l'industrie minière.
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Paysage |
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Montagnes, forêts, rivières et torrents, chemins bordés de haies, villages, champs, zones humides, maisons dispersées, haies, zones d'activités, chemins sans haies, animaux :
tels sont les motifs premiers des paysages du Sud-Isère (Chalier cité par Laverne). Le plateau Matheysin en fournit un exemple-type.
L'intérêt porté à ces motifs est d'autant plus vif que les risques auxquels ils sont exposés sont mieux perçus. |
| Le plateau matheysin présente, par exemple entre Aveillans et Saint-Honoré, un des plus beaux exemples
de bocage. Il compose à merveille avec
les lacs de Laffrey, Pétichet et Pierre-Châtel,
qui ont su éviter l'excès d'urbanisation et garder leur caractère naturel, disparaissant même parfois sous la végétation.
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Le bocage a longtemps été considéré sur nos territoires comme
un modèle
de l'art de composer avec la terre pour lui faire produire ses plus beaux fruits : un modèle de
belle campagne
. Ce succès est largement dû au fait qu'il permet à plusieurs modèles d'organisation de la trilogie agraire de coexister sur un même territoire. En premier lieu
un modèle technique agronomique et économique
pour son efficacité en matière d'élevage et de cultures. En deuxième lieu,
un modèle écologique
pour l'équilibre qu'il assure entre les flux énergétiques vivants qui le parcourent. En troisième lieu
un modèle de paysage
pour la variété des émotions qu'il suscite : chants proverbiaux de ses oiseaux, parfums et couleurs de ses palettes végétales, ambiances de clair-obscur, alternances de fraîcheur et de chaleur, surprises ménagées par les tours et détours de ses chemins, libre parcourabilité et bouclage du territoire. Ces différentes motivations esthétiques sont rendues possibles à partir de quelques motifs tels que
la haie, le chemin, la prairie
et
le champ,
organisés en
un modèle que l'on peut qualifier d'achevé. Il a connu un tel succès qu'il a fini par être considéré comme le modèle historique par excellence de la belle campagne, à préserver, à remettre en place après les excès du remembrement, et même à créer de toutes pièces dans des sites où il n'avait jamais existé par le passé - le comble du succès.
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| Nombreux sont les paysages isérois qui lui sont redevables de tout ou partie de leur organisation traditionnelle, y compris en montagne. On pense au plateau de Bonnevaux
, à la vallée du Dolon, et en montagne au balcon de Montaud
, aux plateaux de Saint-Ange et du Peuil dans le Vercors oriental ou, dans le prolongement de la Matheysine, au Trièves
, au Beaumont
, à la vallée de la Gresse
et à la si originale moyenne vallée de la Romanche
. Leurs transformations sous la pression de modèles économiques nouveaux posent le problème de la conservation inventive des motifs qui en ont fait le succès.
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| Outre sa grande valeur paysagère, il faut souligner le rôle majeur d'un tel modèle dans le maintien du fonctionnement écologique de grands ensembles d'écosystèmes, malgré la fragmentation qui les affecte souvent sous la pression des dynamiques mal maîtrisées de la modernité. L'étroite collaboration entre écologues et acteurs du paysage a pour objectif la protection, et le rétablissement si nécessaire, des continuités mises à mal par cette fragmentation. |
Le contraste de l'étendue du plateau bocager matheysin avec sa bordure sud et sud-ouest est des plus frappants. Au sud, c'est
la Mure, motif urbain emblématique
de l'ensemble du Sud Isère. Ville phare du plateau, elle continue à manifester une grande activité malgré la fermeture de son bassin minier. Son contournement révèle le front bâti continu de ses maisons ouvrières, regroupées autour du bâti institutionnel et municipal en une
silhouette de grande qualité
malgré la différence de facture architecturale.
La Mure est reliée par Susville à
la vallée des Mottes
, le long de la RD 529, qui dessert l'ancien site minier aujourd'hui désaffecté et peu perceptible à partir du plateau du fait de l'importance croissante de la végétation spontanée. Sur
la Motte-d'Aveillans, la dynamique de fermeture par la forêt
se confirme.
L'ennoiement des nombreux villages et hameaux par la végétation, les enfrichements et les enrésinements en timbre-poste brouillent la lisibilité de paysages qui présenteraient pourtant des points d'appel à mettre en scène de façon résolue :
les ouvrages du Petit Train
, par exemple dans Combefol,
la Pierre Perçée,une des sept merveilles du Dauphiné,
elle aussi exposée à la pression de la forêt,
le château de La-Motte-les-Bains,
magnifique bâtisse en ruines, et toutes les perspectives qui ouvrent sur la retenue de Monteynard via
la route de corniche.
L'exemple de la vallée des Mottes est illustratif de l'isolement relatif de certains paysages du Sud-Isère et de leur volonté actuelle de désenclavement. Elle passe par un projet global dont La Mure est une des pièces maîtresses.
La Mure est le carrefour routier central du Sud-Isère,
à mi-chemin à vol d'oiseau entre Grenoble et le col de la Croix Haute d'un côté, des falaises du Vercors et de l'Oisans de l'autre. Traversée par la RN85, la fameuse
Route Napoléon,
elle est également rejointe par les deux routes départementales les plus importantes du pays. La
RD529
relie Grenoble par la rive droite du Drac. La
RD526
traverse le pays d'est en ouest, reliant les deux Parcs Naturels de l'Oisans et du Vercors d'Entraigues et Valbonnais à Chichilianne en passant par La Mure.
D'autres, dont la
RD 116, la Corniche du Drac,
partent à la découverte des petites vallées voisines. Seule la RN75 reste hors de portée. On se prend à imaginer un autre viaduc de Garabit sur la retenue de Monteynard de façon à établir cette nouvelle dimension. Elle serait parfaitement symbolique de la volonté de vaincre l'obstacle naturel que le Drac a historiquement dressé entre Matheysine et Trièves et de confirmer par une réalité physique la volonté affirmée du Sud- Isère de compléter la fonction de transit de ses infrastructures par celles de la lisibilité et de l'accessibilité physique de ses paysages périphériques.